Homélie Mgr Krikor - 111e commémoration du génocide des Arméniens
Cathédrale apostolique arménienne Saint-Jean-Baptiste de Paris - 24 avril 2026
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En ce jour solennel de mémoire, nous nous tenons rassemblés, dans la prière et dans le recueillement, pour commémorer le génocide des Arméniens de 1915, et pour honorer la mémoire de nos saints martyrs.
Car oui, nous ne parlons pas seulement de victimes. Nous parlons d’un peuple, le peuple arménien. Nous parlons d’une terre, l’Arménie. Nous parlons d’une histoire, d’une foi, d’une civilisation.
Et nous affirmons, avec gravité : nous n’oublions pas. Nous n’oublierons jamais.
En 1915, sur les terres ancestrales de l’Arménie historique, un peuple entier est frappé dans sa chair, dans son âme, dans son existence même. Des hommes, des femmes, des enfants sont arrachés à leur vie, déportés, massacrés, exterminés.
Des familles sont brisées. Des frères séparés. Des enfants laissés sans parents. Des générations entières anéanties.
Mais au-delà des vies humaines, c’est aussi une civilisation que l’on tente d’effacer :
des églises détruites, des monastères profanés, des manuscrits brûlés, des pierres sacrées réduites au silence.
Et pourtant, malgré cette volonté d’anéantissement, le peuple arménien demeure.
S’il est aujourd’hui dispersé à travers le monde, c’est parce qu’il a été contraint à l’exil.
Mais s’il est encore debout, c’est parce qu’il a refusé de disparaître.
Notre présence ici, aujourd’hui, n’est pas anodine. Elle est le fruit de cette histoire. Elle est le témoignage vivant de ce que nous avons traversé.
Comme le disait Karekine Njdeh : « Celui qui oublie son passé est condamné à le revivre. »
Alors nous nous souvenons.
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Mais notre mémoire ne s’arrête pas à l’histoire. Elle s’élève dans la foi.
Car l’Église apostolique arménienne, par la voix de Sa Sainteté le Catholicos de tous les Arméniens, Karekine II, a reconnu en 2015 ces victimes comme des saints martyrs.
En les canonisant solennellement au Saint-Siège d’Etchmiadzine, elle a proclamé devant le monde que ces fils et filles de l’Arménie ont donné leur vie pour la foi et pour la patrie .
Cet acte, unique dans l’histoire de l’Église, a élevé ces martyrs à la sainteté, faisant d’eux non seulement des témoins de la souffrance, mais des témoins de la foi, des intercesseurs vivants pour notre peuple .
Dès lors, nous ne parlons plus seulement de mémoire, mais de communion.
Le Christ nous dit : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux. » (Matthieu 5, 10)
Nos saints martyrs arméniens ont traversé l’épreuve dans la fidélité. Ils ont refusé de renier leur foi. Ils ont choisi la croix plutôt que l’abandon.
Ils deviennent ainsi pour nous un appel.
Un appel à rester fidèles. Un appel à demeurer vigilants. Un appel à ne jamais céder à l’oubli.
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Car l’histoire, hélas, ne s’est pas arrêtée en 1915. Les épreuves, les guerres, les violences ont continué de frapper notre peuple. Et aujourd’hui encore, les menaces existent.
C’est pourquoi notre mémoire doit être active.
Se souvenir, ce n’est pas seulement regarder en arrière. C’est éclairer le présent. C’est protéger l’avenir.
Se souvenir, c’est refuser que le mal se répète. Se souvenir, c’est défendre la vérité. Se souvenir, c’est porter une responsabilité devant l’humanité.
Et dans cette responsabilité, notre foi nous guide :
« Vous êtes la lumière du monde. » (Matthieu 5, 14)
Être fidèles à nos saints martyrs, c’est faire vivre cette lumière. C’est transmettre leur héritage. C’est œuvrer pour la justice, sans haine, mais sans renoncement.
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Aujourd’hui, en ce lieu, nous inclinons nos têtes devant la mémoire de nos saints martyrs arméniens. Nous rendons grâce pour leur témoignage. Nous puisons dans leur sacrifice la force de continuer.
Et nous renouvelons notre engagement :
Ne jamais oublier.
Ne jamais renoncer.
Ne jamais laisser l’histoire se répéter.
Que la mémoire des saints martyrs du génocide des Arméniens demeure à jamais vivante dans nos cœurs, et qu’elle éclaire notre chemin, aujourd’hui et pour les générations à venir.
Amen.